Les mots sont des vaisseaux de vers, il suffit de souffler dans les voiles pour accoster sur les rivages argentés de la poésie...
Lio
Le joueur de mots
Le joueur de mots
Pages
mercredi 23 décembre 2015
vendredi 31 mai 2013
A mes camarades flibustiers...
lundi 4 février 2013
vendredi 25 janvier 2013
Nouvelle
lundi 15 octobre 2012
mercredi 13 juin 2012
dimanche 10 juin 2012
Le deuxième festival...
vendredi 20 avril 2012
Pense à toutes ces caresses
Tous ces murmures, tous ces désirs
Que nous avons laissés filer
Entre nos doigts de glace
Mais le temps passe impatient
Et nous entraîne dans son sillage
Et viendra l'heure où nos mains sages
Et trop usées par les années
Reposeront en paix
Sur nos genoux tremblants
Mais il sera trop tard
Et quand nos yeux ternis
Se poseront en songe
Sur les lointaines rives
De nos amours passées
Resteront les regrets
De n'avoir pas su vivre
Ces moments à deux
Sur les sommets du monde
A compter les étoiles
lundi 6 juin 2011
Souffleur de nuages de porcelaine
Funambule sur ton fil de vers
Tes éclats de bulles filent
En étoiles de rosée
Tièdes et sonores
Et résonnent dans la nuit
Au plus profond des sombres paysages
Perles filantes au goût d'azur
Incandescentes et fugaces
Qui s'écoulent en caresses
Et recouvrent les plaies
De nos vies écartelées
Au vent maussade des saisons
Jongleur de plumes envolées
Sur tes ailes de papier
C'est le monde qui se tient
Uni dans un même soupir
Tendu dans un seul cri
Et respirant à pleins poumons
La fraîcheur funeste
De ton chant ténébreux
Dont les échos sonnent
Un glas morne
Dans la nuit des hommes...
lundi 23 mai 2011
Terenga
Terenga, mon étoile noire
Au cœur de feu
Tu coules dans mes veines
Et ton soleil sous mes paupières
Inonde mes pensées d'ombres étincelantes
Dans les bolongs de ton âme
Sinueux et mystérieux
J'ai puisé à pleines mains
Un peu de ta sombre magie
Terenga, mes yeux aveuglés
Sont pleins de ta ténébreuse lumière
Et le temps peut bien s'écouler
Je m'y plonge indolent
S'il termine sa course
Aux sources des lointaines légendes
Où vivent les griots
Sous des arbres dont le regard se perd
Au large des rivages que l'on quitte
Le cœur enchaîné et les rêves entravés
De fers lourds et rouillés
Terenga, dans la chaleur de ton amour,
J'ai entrevu la souffrance des Hommes
Et dans ta brousse brûlante
J'ai vu suinter l'éternelle blessure
Des peuples meurtris
Terenga, Terenga, Terenga
Tu coules dans mes veines
Et je sens courir sur ma peau
Tes sourires éclatants
Qui sans cesse me poursuivent
Et jettent au fond de mon cœur
Une chaude et amère clarté
dimanche 24 avril 2011
Chapitre 1 d'un roman qui peut-être verra le jour...
- Bon alors c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? lui lança -t-il.
- Ça va Grégoire, on dirait que tu découvres tout à coup que nous sommes toujours en retard ! Tu parles d'un scoop ! Et puis ce n'est tout de même pas la première fois que nous allons chez Fred et Carine ! Si ça se trouve, ils ont commencé l'apéro sans nous et on prendra le train en marche !
- Écoute Sylvie , tu pourrais faire un effort au moins une fois dans l'année, rien qu'une fois ! C'est l'anniversaire de Fred, il y aura des gens qu'on ne connaît pas, et il aurait été intéressant qu'à titre tout à fait exceptionnel nous puissions faire comme tout le monde !
Tout en parlant, il appuya énergiquement sur le bouton de la sonnette et la conversation s'arrêta d'elle même. Rien ne devait paraître que la surface lisse et rassurante d'une mer d'huile. Les spectateurs attendaient, la salle était pleine, la pièce pouvait commencer. On jouait ce soir-là une comédie de mœurs, le rideau allait se lever. Sylvie passa une main sur sa jupe pour la défroisser, vérifia une dernière fois que rien dans sa tenue ne retiendrait le regard sinon pour susciter envie ou admiration; elle rajusta à la hâte le blouson de Jules et arrangea son col dont un côté était replié vers l'intérieur, et enfin la porte s'ouvrit sur une ravissante jeune femme, derrière laquelle se tenait un colosse aux allures de rugbyman :
- Tiens, les Herbin ! Décidément, vous ne serez jamais à l'heure ! On aurait pu s'inquiéter mais en fait on s'est dit que vous seriez bien arrivés pour le dessert ! fit la jeune femme.
- Et puis on faisait confiance à Grégoire pour arriver avant la fin de l'apéro, ça ne lui ressemble pas de rater une petite coupe ! ajouta l'homme sur un ton de connivence.
- Bon ça va, vous savez très bien que la ponctualité n'est pas notre qualité première ! répliqua Sylvie.
- Et voilà votre nouvelle voiture ? reprit le géant. Quelle classe ! Greg, tu te feras pardonner en m'emmenant faire un tour à l'occasion.
C'est vrai qu'elle avait de l'allure cette voiture. La dernière Audi, un 4x4 trapu, aux allures de fauve dont les lignes noires brillaient dans la nuit. Grégoire était allé la chercher chez le concessionnaire une semaine auparavant et depuis, il se sentait émerveillé sitôt qu'il posait les yeux sur sa nouvelle acquisition. Tandis qu'il discutait avec son beau-frère, il couvait son nouveau jouet d'un regard de conquérant. Dans ce petit bijou de tôle noire se trouvait condensé un amalgame de rêve de gosse et de vanité d'homme. Cette voiture était presque un aboutissement, une fin en soi, la preuve que lui, Grégoire Herbin, avait réussi dans la vie. Il était quelqu'un comme on dit, et cette réussite prenait forme aux yeux de tous à travers cette auto. Il était comme hypnotisé par cette voiture qui faisait de lui un homme nouveau, lui semblait-il.
- Cela n'a pas été facile de convaincre ta sœur, dit-il en entrant dans le vestibule à l'adresse de la jeune femme qui se tenait devant lui, mais j'en rêvais depuis un moment, et puis l'autre commençait à prendre de l'âge et il était temps de la vendre si on ne voulait pas avoir trop de frais à faire dessus.
- Il faut quand même savoir que pour lui, une voiture prend de l'âge dès sa deuxième année, répartit sa femme.
Comme ils pénétraient dans la salle à manger, une acclamation générale et bruyante célébra leur arrivée. Chacun y alla de sa petite plaisanterie sur la ponctualité défectueuse des nouveaux arrivants, et enfin, après quelques instants de cette hilarité générale dont ils étaient les victimes consentantes, Grégoire et Sylvie purent confier leurs manteaux à leur hôtesse et rejoindre le reste du groupe à table, tandis que les enfants filaient retrouver leurs cousins à l'étage après avoir consciencieusement fait le tour de la table pour embrasser chacun des convives.
Grégoire s'installa le premier, bientôt imité par sa femme. Ils prirent place en face de Fred, leur beau-frère, qui fêtait ce soir-la ses trente ans du haut de son mètre quatre-vingt dix, et de Carine son épouse, la sœur de Sylvie, dont l'insouciance et la beauté suffisaient à attirer la sympathie de son beau-frère. Cette situation stratégique ne manqua pas de ravir le nouveau venu, qui avait pour eux une sympathie particulière. Il s'entendait à merveille avec Fred, avec qu'il partageait une passion commune pour le football et l'argent. Les deux hommes supportaient tous deux le même club et fréquentaient régulièrement le tout nouveau stade. Sportifs l'un comme l'autre, leurs conversations s'orientaient naturellement sur ce sujet lorsqu'ils se voyaient. Mais ce qui les avait rapprochés encore davantage récemment, ce qui avait alimenté leurs discussions avec autant de ferveur que lorsqu'il était question de leur sport favori, c'était un intérêt soudain pour le domaine de la bourse. L'idée s'était un jour immiscée dans leur vie, portée par les hasards de la conversation. Elle avait fait son chemin dans l'esprit des deux hommes, et après quelque temps de réflexion ils avaient décidé de faire le saut dans le grand bain des actions. Depuis, ils étaient comme fascinés par cette Terre promise des gagnants du nouveau monde, une terre aux paysages faits de courbes et de graphiques, et où les chiffres tenaient lieu de saintes paroles. Et depuis bientôt deux ans, ils s'adonnaient aux plaisirs de la bourse sur internet, avec davantage de frénésie peut-être que ne l'auraient souhaité leurs épouses. Mais peu leur importait la frilosité de leurs compagnes, ils s'étaient pris au jeu et cette activité commençait même à porter ses fruits. Cependant, l'espoir de gagner de l'argent n'était pas leur unique motivation, bien au contraire. Ce qu'ils aimaient par dessus tout, c'était sentir passer en eux le frisson des marchés. Eux dont les origines modestes ne les destinaient pas à côtoyer les hautes sphères de la finance, aimaient à se donner l'illusion de faire partie des élus. Le monde avait pris soudain l'aspect d'un énorme casino et ils avaient été admis dans le cercle.
A peine se fut-il assis que déjà Grégoire sentit la tension qui était la sienne en arrivant le quitter progressivement. Un sentiment de bien-être le gagnait lentement, ce sentiment que l'on ressent en passant à table, où le corps et l'esprit s'apprêtent à profiter de ces moments de bonheur simple autour d'un bon repas et de quelques amis. Tandis qu'il passait machinalement une main dans ses cheveux épais, il jeta un œil sur ce lieu qu'il connaissait pourtant déjà parfaitement. Il avait toujours aimé le dénuement de cette pièce, la blancheur de ses murs sur lesquels deux tableaux de style contemporain faisaient comme des tâches de couleur, les rares bibelots savamment posés ça et là et qui conféraient à l'ensemble un air de musée. Un intérieur de magazine, une vie sur papier glacé, d'où rien ne dépassait.
Tout en attrapant la coupe de champagne que lui proposait Fred, il fit un rapide tour de table du regard. Grégoire et Sylvie Herbin avaient à leur droite les Dumarcher, un couple que Fred et Carine avaient rencontré en vacances quelques années auparavant et avec qu'ils avaient noué une relation d'amitié qui ne s'était jamais démentie depuis. En face de ceux-ci se trouvaient Julien et Cécile Loridant, un autre couple d'amis que Grégoire et Sylvie connaissaient déjà pour avoir passé plusieurs soirées bien arrosées en leur compagnie dans cette même maison. Enfin, un troisième couple avait pris place en bout de table, qu'il occupait dans sa petite largeur. L'homme, affublé d'une paire de lunettes dont la monture noire et épaisse donnait à son visage un caractère austère, portait une petite moustache à l'ancienne, si bien qu'il se dégageait de toute sa personne comme un air désuet. Grégoire, en le voyant, pensa de suite à un arbre mort au beau milieu d'un champ de coquelicots, une malencontreuse tache sombre sur une toile multicolore. Non, décidément, il y avait en lui quelque chose de trop sévère et qui contrastait trop fortement avec la bande de joyeux fêtards qui animaient déjà bruyamment ce début de soirée. Sa femme, quant à elle, se tenait sur la réserve. Ni vraiment laide ni vraiment jolie, elle ne retint pas l'attention de Grégoire qui leva sa coupe à l'unisson de toute la tablée pour porter une toast à l'anniversaire de Fred.
- Nous ne nous sommes jamais vus, je pense ? lança Grégoire à l'adresse de l'homme à la moustache.
- Je ne pense pas, non, répartit ce dernier. Je m'appelle Romain. Grégoire et moi sommes cousins. Florence, ma femme, est originaire du nord de la France, tout comme moi d'ailleurs. Sa soeur se marie demain, et nous sommes donc bien sûr remontés – nous habitons Bordeaux - et nous voilà ! Je n'avais pas vu Fred depuis un sacré bout de temps, et quand il a appris par l'intermédiaire de la famille que j'étais dans le coin, il a pris contact et nous a proposé de nous joindre à vous ce soir.
Tandis qu'il l'écoutait parler, Grégoire crut percevoir comme de la gêne chez son beau-frère, qui s'était soudain redressé sur sa chaise et s'était figé dans un sourire quelque peu forcé. Peut-être regrettait-il d'avoir invité son cousin ? Parfois les années laissent des traces et les routes empruntées n'offrent pas toujours de chemins de traverse pour se rejoindre. On a gardé le souvenir d'une personne et l'on se retrouve face à un étranger, avec qui l'on ne partage rien d'autre que quelques souvenirs de gosse. Cependant, Fred reprit la parole:
- On en a fait tous les deux ! Je me demande même s'il n'y aurait pas de quoi écrire un roman !
- Ça c'est vrai, répartit Romain. Et quand je vois certains de mes élèves aujourd'hui, je me dis que je devrais peut-être me montrer un peu plus indulgent parfois avec eux ! Finalement, à bien y réfléchir, ils n'ont finalement pour la plupart que les défauts de leur âge.
- Enseignant, alors ? demanda Grégoire. Dans quelle matière ?
- Professeur d'histoire-géo, et Florence de mathématiques. Une famille de profs en somme !
- C'est donc bientôt les vacances ? lança d'un air goguenard Julien Dumarcher.
Piqué au vif, Romain ne se démonta pas pour autant. Malgré une certaine lassitude, il avait pris l'habitude de se voir réduire au statut de travailleur en transit entre deux périodes de congé.
- Ce n'est pas pour tout de suite, reprit-il en se forçant à sourire.
Grégoire n'ajouta rien mais ces petites taquineries n'étaient pas pour lui déplaire. Il s'était toujours vu comme une sorte de héros moderne, chevalier au service de l'ordre économique, pour qui le travail était un combat, un défi qu'il relevait chaque jour avec succès. Il ressentait vaguement comme une appartenance à une confrérie aux contours informes regroupant les hommes de sa trempe qui avaient à cœur de porter haut les couleurs du travail, et qui ne craignaient pas de mouiller leur chemise. Il se sentait de la race des seigneurs, et ne ratait jamais une occasion de railler cette catégorie de travailleurs inférieurs qu'on appelait fonctionnaires. Mais pour l'heure, il se contenta d'un petit sourire de connivence à l'adresse de Julien. Ils s'étaient compris, et il était inutile de jeter de l'huile sur le feu. Cependant, le jeune professeur avait intercepté le bref échange de regards entre les deux hommes et revint à la charge d'un air amusé:
- Dites-moi si je me trompe, mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui vous dérange. Laissez-moi deviner: vous n'aimez ni les maths ni l'histoire-géo, c'est ça?
- Disons plutôt que l'Education Nationale n'est pas un univers que nous côtoyons beaucoup, répondit Julien avec diplomatie, pressentant que sa remarque pourrait donner à cette soirée une tournure un peu trop belliqueuse.
- Et selon vous, donc, cet univers se résumerait à quelques périodes de vacances échelonnées dans le temps ?
- C'est un peu caricatural, mais on ne peut nier que cette image vous colle la peau, même si personne ne refuse d'admettre que votre métier puisse aussi comporter des aspects plus difficiles, reprit Julien.
- Comme par exemple d'avoir à porter à bout de bras des élèves de moins en moins motivés avec de plus en plus de difficultés ? rétorqua Romain. En prenant en charge de classes de plus en plus surchargées ?
L'atmosphère soudain s'était tendue, deux mondes antinomiques en apparence s'affrontaient, et chacun pressentait l'orage qui s'annonçait. Grégoire sentait son sang bouillir dans ses veines, il aurait voulu dire à l'homme qu'il avait en face de lui que chaque métier charriait son lot de contraintes avec lesquelles il fallait composer. N'était-il pas lui aussi aux prises avec des clients de plus en plus exigeants à qu'il ne pouvait livrer le fond de sa pensée ? Ce professeur pouvait-il se targuer de faire cinquante heures par semaine avec l'angoisse constante de ne pouvoir atteindre les objectifs annuels fixés par la direction ? Il s'apprêtait à entrer en lice mais il fut coupé dans son élan par Carine qui stoppa net la discussion:
- Je propose un temps mort, ce n'est de toute évidence pas ce soir que vous referez le monde, alors laissez-le aller tranquillement, oubliez la politique qui de toute façon devrait être reconnue d'inutilité publique et finissez votre verre que Fred puisse vous le remplir à nouveau !
L'air se déchargea tout à coup de l'électricité dont elle vibrait, et un éclat de rire général accueillit cette remarque. Fin des hostilités. La table, en fin de soirée, serrait jonchée de serviettes froissées, tandis que quelques verres à moitié vides attendraient qu'on veuille bien leur asséner le coup de grâce. Grégoire, les mains croisées derrière la tête, écouterait, hilare, l'homme à la moustache partager quelques perles d'élèves dont il détenait une impressionnante collection. Et finalement, dans les brumes de l'alcool, chacun aurait oublié l'incident du début de repas et fraterniserait gentiment avec l'ennemi d'en face.
jeudi 11 novembre 2010
Voyage au Sénégal: l'anecdote !
L'anecdote du séjour
Après deux jours d'intense émotion, nous décidons de passer une journée au domaine. Piscine-transat le matin, transat-piscine l'après-midi, beaucoup de détente en perspective. Après le déjeuner, nous partons quand-même pour une petite promenade sur la plage, le long des cases qui bordent le rivage à cet endroit. Grave erreur. Chemin faisant nous discutons et, plongés dans nos considérations sur les diverses facettes de notre voyage, nous quittons l'espace du domaine sans nous en apercevoir, et entrons de ce fait sur le territoire des businessmen locaux, toujours prêts à vous faire découvrir leur merveilleux pays, moyennant finance c'est entendu, mais ça leur fait plaisir quand-même. De fait, à peine pénétrons-nous la zone rouge de quelques mètres que trois individus - noirs qui plus est – nous hèlent en arborant leur plus beau sourire, celui des grandes occasions comme la chasse au pigeon par exemple. Aucun doute, c'est notre jour de chance, puisqu'aujourd'hui à Nianing c'est la fête du mil ! Et nous qui allions quitter le pays sans avoir assisté à cet événement de renommée mondiale, dont nous nous apercevrons très vite plus tard qu'il n'existe en fait absolument pas. Une sorte de fête virtuelle en somme, ce doit être une coutume locale ! Mais attention: n'assiste pas qui veut à ces festivités, c'est un privilège réservé à un nombre très restreint de chanceux puisque le village ne dispose que de dix charrettes, pas une de plus. Et ne pas réserver sa place, Messieurs Dames, reviendrait ni plus ni moins à se tirer une balle dans le pied en prenant le risque de passer à côté de ce qui pourrait bien être le point d'orgue de tout voyage au Sénégal. Bref, rendez-vous est pris à 16 heures l'après-midi même sur la plage, après nous être acquittés de la modique somme de cinq euros en guise d'acompte.
A l'heure dite, nos trois guides, le cheval et la charrette sont effectivement bien là à nous attendre patiemment. Après les salutations d'usage nous prenons place et vogue la galère ! Nous voilà partis pour la mythique et non moins inexistante fête du mil ! Nous longeons dans un premier temps la plage tout en devisant gaiement avec nos nouvelles connaissances. C'est ainsi que nous apprenons que nous venons de monter à bord d'un TGV (prononcez tézévé, ça fait plus local), qui est un moyen de transport tout ce qu'il y a de plus répandu au Sénégal.
Nous finissons ensuite par arriver au village de Nianing, qui borde la plage. Calme plat, mais rassurons-nous, ce n'est pas la fête du poisson mais bien celle du mil, il ne paraît donc pas totalement saugrenu de se dire qu'elle aura lieu davantage dans les terres qu'en bord de mer. L'idée ne nous effleure donc même pas de demander à Amadou, Max et Mbaye – puisque c'est ainsi que se prénomment nos compagnons - ce qu'il en est des préparatifs et de l'effervescence qu'on aurait été en droit d'attendre autour d'un événement tel que celui-ci...naïveté quand tu nous tiens ! Nous bifurquons et entrons dans le village. Très vite nous croisons la grande route qui longe l'océan et qu'il nous faut traverser pour passer de l'autre côté. Première frayeur. Amadou descend histoire de voir si le feu est vert ou rouge, comprenez pour vérifier que nous avons une chance de traverser sans nous faire ouvrir en deux par un de ces tacots qui foncent droit devant eux tels des sangliers métalliques, et dont le système de freinage ne présume en rien de nos chances de survie. Il se trouve que la voie est libre, nous nous engageons donc, non sans observer avec attention la route de part et d'autre. C'est que le code de la route est au Sénégal ce que le Kamasutra est au Vatican: un mythe ! Nous parvenons finalement sains et saufs de l'autre côté et notre périple peut donc se poursuivre.
Soudain, nous prenons conscience de notre situation. Nous sommes sur une charrette tirée par un cheval, dans un petit village sénégalais, accompagnés de trois individus que nous ne connaissons que depuis quelques heures à peine, et nous nous dirigeons tout droit vers la brousse africaine qui n'est pas à proprement parler un lieu grouillant de vie où l'on se sent rassuré par la chaleur de ses semblables. Mais enfin que voulez-vous, on a l'esprit d'aventure ou on ne l'a pas ! Il se trouve que nous ne l'avons pas, mais il est un peu tard pour invoquer un rendez-vous chez le dentiste ! Nous continuons donc tout en songeant que décidément on arrache vraiment le sac !
Cependant, le danger n'est pas toujours là où on l'attend, nous en ferons l'expérience quelque mètres plus loin. En effet, la charrette cahotait tranquillement sur le chemin lorsque tout à coup, allez savoir pourquoi, elle se mit à cahoter de manière plus brutale à la défaveur d'un trou un peu plus imposant que les autres. Et c'est ainsi que l'improbable se produisit: perdu au beau milieu d'un village africain, j'eus soudain la sensation d'être plongé au cœur d'un vieux Tex Avery. Marianne, qui s'était calée au fond de la charrette sur l'unique et inquiétant dossier, oublieuse sans doute de l'endroit où elle se trouvait, perdue dans des contemplations poétiques ayant pour thème les paysages africains, s'envola tout à coup et sans crier gare, tout en conservant la position assise qui était la sienne au moment du décollage, pour aller s'écraser lourdement quelques mètres plus loin. On arrête la charrette, chacun vient aux nouvelles; rien de cassé semble t-il et au bout de quelques instants, Marianne se relève avec la grâce d'une octogénaire au sortir d'un match de hockey sur glace, sous le regard contrit d'Amadou qui semble souffrir au moins autant qu'elle à chaque fois qu'elle met un pied devant l'autre. Les villageois, sur son passage, s'enquièrent de savoir si tout va bien, l'œil mi-inquiet mi-amusé, et c'est ainsi aujourd'hui encore, à 4500 kilomètres de chez nous, ma femme est une célébrité dans le petit village de Nianing où l'on avait encore jamais assiste à tel spectacle de cascadeurs, qui plus est présenté par une troupe ambulante !
Notre voyage au Sénégal toujours: une expérience humaine.
Une aventure humaine avant tout
Plus qu'un voyage, notre séjour au Sénégal aura été une rencontre. Rencontre avec un pays, rencontre avec un peuple. Une expérience humaine avant tout, incroyablement dense sur le plan émotionnel, et le retour à la réalité est un peu douloureux. L'impression d'avoir laissé derrière soi un chantier en cours, un chantier humain, avec tellement de choses à vivre encore, tellement de choses à faire ou à dire, que je ne peux empêcher un sentiment de frustration m'envahir. Je suis triste en fait. Ce voyage aura été une fulgurance, un rai de lumière aveuglant trop tôt éteint. J'aurais voulu poursuivre le chemin, celui de la fraternité, celui du partage. Qu'avais-je à vivre avec Amadou, Max et Mbaye ? Une histoire peut-être, peut-être rien. Cela aussi est difficile. N'avons-nous vécu durant ces quelques jours que dans l'illusion d'un rêve, n'avons-nous avancé que dans la réalité brumeuse d'une histoire tronquée dès le départ ? Aveuglés par une chaleur si intense que nous l'avons prise pour la réalité ? Peut-être n'étions nous finalement que des gens de passage, vite adoptés et vite oubliés. Cela est possible et je le sais, mais cette possibilité me coûte. Est-il concevable d'avoir vécu si intensément chaque instant de la rencontre avec l'autre sans qu'il en reste aucune trace ? Là réside la grande interrogation de ce voyage: quel degré de sincérité doit-on accorder à toute cette expérience ?
Ici, le rapport entre blanc et noir, entre riche et pauvre semble jeter un voile de suspicion constant sur tous les échanges. Le Sénégal, c'est la Terenga, la Terre d'hospitalité, et de fait ses habitants sont d'une chaleur et d'une gentillesse surprenantes. Mais on est sans cesse à se demander dans quelle mesure cet accueil n'est pas surjoué, exubérant davantage par nécessité que par générosité. On ne peut s'empêcher d'y penser, tant cette humanité et cette spontanéité dans la création du lien nous paraissent de l'ordre de l'impossible à nous autres occidentaux. Tant de gentillesse, cela cache forcément quelque chose, un intérêt. Le sourire aux lèvres, la main tendue en signe d'amitié, et aussi toujours quelque chose à proposer, à vendre. C'est certainement sur ces bases-là qu'a débuté notre relation avec nos trois guides d'un jour. Mais après ? Il est des choses que l'on sent, que l'on respire et qui entrent en nous, un lien invisible qui se tisse imperceptiblement et dont on sent si fort la présence que son existence ne semble faire aucun doute. Est-il donc possible de se tromper à ce point sur la nature de nos relations ? Et ces villageois à qui nous avons rendu visite, ces êtres d'un autre âge avec qui nous avons passé un moment si fort, ont-ils dansé avec nous uniquement en remerciement d'un sac de riz acheté à l'épicerie ? Et s'il est possible de lire dans les yeux d'une femme autant de reconnaissance en lui passant simplement autour du cou un collier aux multiples couleurs, sans que cette émotion ne porte en elle la moindre trace de sincérité, alors c'est à désespérer de tout, à commencer par l'Homme.
Non, cela n'est pas possible. Ce qui induit toutes ces questions, c'est peut-être simplement la peur d'être déçu, cette chaleur inhabituelle pour nous qui nous réchauffe mais qu'on a peur de découvrir factice. Le plus simple certainement reste encore de s'en remettre à notre perception immédiate de la vie, de faire confiance à cette sorte d'instinct qui nous pousse vers certaines personnes et nous éloigne d'autres. Ne garder en soi que la beauté de la rencontre, et le souvenir d'un peuple merveilleux, toujours prompt à vous parler de son pays, à vous le faire visiter. Et malgré cette relation d'argent inévitable et latente qui unit le touriste à l'autochtone, se souvenir qu'il est un lieu sur Terre où les mots Fraternité et Humanité ont conservé un sens.
Notre voyage au Sénégal: Badou
Badou
Nous voici arrivés à notre cinquième jour de voyage. La matinée s 'est étirée sans que l'on s'en rende compte. Chauffés au soleil de l'Afrique, bien calés sur les épais matelas qui recouvrent les transats, nous avons lézardé, partageant notre temps entre les pages d'un bon livre et la fraîcheur de la piscine. Le temps ici n'a pas beaucoup d'importance. La vie s'écoule paisiblement, loin du tumulte de la ville. Tout semble ralenti, calqué sur les rythmes alanguis d'un air de blues. Des oiseaux par milliers emplissent l'air chaud de leurs chants mélodieux. Certains nous surprennent, les sons qu'ils émettent évoquent à eux seuls la brousse africaine et nous emmènent pour une balade musicale et exotique. L'un d'eux passe parfois et nous régale e ses couleurs chatoyantes. Ici, la nature est exubérante et aime à se faire admirer et à se faire entendre. Soudain des éclats de voix me parviennent de la piscine toute proche. Je lève la tête. Deux enfants s'ébattent dans l'eau d'un bleu translucide, se chamaillant gentiment et éclaboussant de leurs rires cet Eden terrestre. Mon regard parcourt l'endroit. Une grande paillote au toit de paille ajourés sur les côtés faisant office de restaurant, dans le prolongement le bar longeant la piscine où sont accoudés quelques touristes à l'heure où le cocktail est de rigueur, deux bassins, des transats, le tout baignant dans le calme brûlant de la mi-journée, des palmiers, des femmes en bikini, rien ne manque à la carte postale, tout est parfait.
C'est alors que de la gauche, venant des cases qui nous servent de résidence, surgit dans mon champ de vision le vieux Badou. Difficile de lui donner un âge, tant son visage porte les marques de la dure vie sénégalaise. La soixantaine, peut-être plus, il traverse l'espace d'un pas nonchalant, portant un plateau remplis de verres à la manière d'un garçon de café. Les restes d'une soirée de fête terminée dans une case que ses occupants n'ont pas jugé bon de débarrasser. Plusieurs fois déjà nous avons discuté avec cet homme qui est l'incarnation même de la gentillesse. Deux femmes et quatorze enfants, Badou travaille au domaine depuis maintenant deux ans. Il s'occupe de faire le ménage dans un groupe de cases, le matin. Je me demande en fait qui il est vraiment. Cet homme a du connaître la colonisation, la soumission à l'homme blanc, l'humiliation peut-être...quel regard peut-il donc porter sur moi aujourd'hui, moi qui vient me prélasser sur la terre de ses ancêtres pendant que lui s'affaire chaque matin dans ma chambre ? Se peut-il que cette gentillesse cache en réalité un ressentiment latent, une rancune tenace mais domptée, qui ne se laisse pas voir, drapée sous le voile de la sympathie ? Badou résume à lui seul toute l'ambiguïté des liens que l'on tisse -que l'on semble tisser ?- avec les sénégalais. L'Histoire est là, tapie dans l'ombre, suffisamment récente pour poser son empreinte sur les rapports entre eux et nous. Badou ne vous regarde pas en face, son regard est fuyant bien qu'il respire la bonté. Il a la gentillesse encore du serviteur envers son maître: la situation est gênante, la pensée tout simplement insoutenable. Voici soudain incarné devant nous tout un pan de notre Histoire et c'est nous tout à coup qui désirons baisser les yeux.
vendredi 24 septembre 2010
il voit la fenêtre ouverte
et un mot qui court entre les herbes
il appelle
le mot soldat
et lui montre
le mot qui s’enfuit
Le soldat hoche la tête
glisse de sa page
et sort par la fenêtre
Dehors
il court
sur le chemin d’herbe froissée
jusqu’à la clôture
en fils barbelés
Le soldat voit bouger
sous la feuille d’un trèfle
le mot qu’il cherche
il se penche
et reconnaît le mot
liberté
Le soldat revient
par le chemin d’herbe froissée
passe par la fenêtre
s’allonge en face de sa définition
et dit au dictionnaire
je ne l’ai pas trouvé
Hubert Mingarelli
Ce n'est rien
Va chercher
Sur le chemin
D'herbes froissées
Les deux mots
qui se sont échappés.
Le soldat
Y va
Et trouve le mot prison
Et lui annonça
Son retour à la maison.
De retour chez le dictionnaire
Le soldat
Remit le mot prison
Près de sa définition.
Pour trouver l'autre mot
Le mot soldat va chercher
là où il à trouvé
Le mot liberté.
En y allant
Les bras ballants
Il a trouvé le mot égalité
Le soldat à fait semblant
De ne pas le voir
De toute façon c'était le soir
Donc il faisait noir.
Alors il est rentré
Pour se coucher
Et dire au dictionnaire
Que ce n'était pas ordinaire
Mais qu'il ignorait
Là où il se trouvait.
Léo
mardi 29 juin 2010
Un roman à lire, "La grand-mère de Jade"

Ce livre raconte la cohabitation de Jade, trentenaire parisienne journaliste, avec sa grand-mère qu'elle est allée récupérer en Savoie afin de lui éviter de finir ses jours dans une maison de retraite.
Les thèmes abordés sont multiples. Il est question, bien sur, du lien transgénérationnel, du rapport que notre monde entretient avec ses aînés, de ce que l'on peut s'apporter les uns aux autres. Jade ouvre à sa grand-mère les chemins de la modernité, de la nouveauté. Elle lui rend accessible la vie trépidente de la capitale, et c'est une sorte de renaissance pour "Mamoune" qui sortira de la léthargie dans laquelle elle est plongée suite au décès de son mari. Quant à cette grand-mère nouvellement débarquée dans la vie de sa petite-fille, elle fera profiter à cette dernière de son expérience, de ses expériences, de ses souvenirs, de son recul sur les évènements de la vie. Au final, les deux femmes se découvriront différentes dans le regard de l'autre, et apprendront aussi énormément de choses sur elles-mêmes. Cette rencontre sera notamment l'occasion pour Jade de porter un regard neuf sur son aînée qu'elle n'avait jamais envisagée que sous l'angle familial, et qu'elle va découvrir femme.
Il est question également de la vieillesse, des changements du corp qui masquent une vie qui est toujours là à l'intérieur et qui ne demande qu'à s'exprimer pour peu qu'on lui en laisse l'occasion, avec ses émotions, ses désirs, cette envie de vivre et de découvrir le monde restée intacte malgré le nombre des années. Une sorte de propulsion dans ce que l'on nomme le troisième âge, vu de l'intérieur grâce à l'utilisation de la première personne.
Enfin, la littérature n'est pas en reste dans ce roman, déclinée sous les deux aspects de l'écriture et de la lecture, réflexion sur ce qu'elle apporte à la vie réelle, voire même sur l'interpénétration du réel et de la fiction. Bref, un très joli roman, bien écrit, avec des personnages attachants et une fin...magnifique, à découvrir en lisant le livre !
mardi 22 juin 2010
Un sourire, une femme
Aube vaporeuse comme un matin de brume
Où l'homme vient se perdre et soumettre son âme
Dans les frêles transes d'un bonheur qui s'allume
Un sourire éclot sur des lèvres inconnues
Et le monde soudain s'efface dans l'oubli
Les choses s'évaporent, le temps ne coule plus
Un voile s'est posé qui nous laisse meurtri
Ce sourire apparu dans les flots de la vie
Illumine le jour de ses feux délicats
Mais la foule s'écoule et l'emporte déjà
Et le sourire fuit emmenant avec lui
Sur les rives d'un soir la promesse troublante
D'un possible bonheur, d'une étreinte brûlante
lundi 14 juin 2010
Le caddie de Sisyphe
Sur les canaux de pacotille
Traînant nos gueules de codes barre
Sous des soleils pharmaceutiques
Troupeau bêlant frères de Sisyphe
Poussant nos blafardes envies
Dans les couloirs de frustration
La vie la vraie qui fait rêver
C'est du bonheur en promotion
Pour nos sourires de tiroirs-caisses
C'est du bonheur à empiler
Au fond des cages de Psyché
En décibels ou en pixels
En XXL et extra-plat
Tout en contrastes et en vitesse
Mais surtout pas en noir et blanc
Genre bien couché sur du vélin
De la prose sur grand écran
Pour neurones en gigabytes
De la cervelle aux rayons X
Des tranches de vie lyophilisées
Dans les rayons des Danaïdes
Se conformer à l'étiquette
De ces royaumes insipides
Où des fantômes humanoïdes
Errent sans visage et sans fin
vendredi 14 mai 2010
A une mendiante
Profitant des douceurs d'un printemps retrouvé
La vie offrait au vent ses parfums de muguet
Les sourires sur les lèvres se faisaient légers
Nous allions par les rues déambulant gaiement
L'âme en fête sous les douces caresses
De la brise tiède soufflant rêveusement
Les yeux mi-clos la tête pleine de paresse
Soudain je t'aperçus au détour d'une rue
Ombre sans visage petite enfant perdue
Le regard plein de ténèbres, les yeux hagards
Tu marchais dans la foule parmi tes semblables
Implorant le monde d'une main misérable
Et le monde sourd courait sans même un regard
jeudi 1 avril 2010
Ode au poète
De tes lèvres incandescentes
Sublimes portes éclatantes
Coulent les saveurs sensuelles
Des mondes dont les rives chantent
Sources profondes et brûlantes
Les charmes flous et incertains
Mirages vagues et lointains
D'une oasis dans un désert
Où les palmiers montent au ciel
Comme un cantique une prière
Universelle et éternelle
Une chorale cristalline
Des noirs abîmes une étincelle

